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                                              Cahier des charges.

 

A partir de toutes les considérations précédentes, nous pouvons donner les propriétés de cette machine qui fabrique des mécanismes ou des règles :

 

* Compte tenu de l’universalité (ou de l’ubiquité) des propriétés adaptatives des êtres vivants qui contraste avec le très grand nombre de mises en œuvre de ces adaptations, j’ai fait l’hypothèse que l’auto organisation du vivant relevait d’un mécanisme abstrait unique. Rémy Chauvin pense qu’il n’y pas de différence entre les mécanismes de l’évolution et un acte volontaire chez l’homme. (Chauvin, R.. La biologie de l’esprit. Edition du Rocher. P20. 1985.)

 

* Ce mécanisme auto organisateur ne peut pas être une fonction.

 

* Ce mécanisme doit en outre exclure toute finalité.

 

* Ce mécanisme ne doit converger qu’en des points fixes :

 

- Le système immunitaire ne fait qu’un seul type d’anticorps quand il est mis en présence d’une molécule antigénique.

 

- Le système nerveux donne une seule représentation d’un objet ; Cette remarque qui ne relèvait que de l’introspection commence à être étayée par des faits expérimentaux : Si l'on place alternativement des rats dans deux environnements comportant pour l’un des formes carrées et l’autre des formes circulaires, on montre que l'état des neurones de la mémoire à action courte se stabilisent alternativement dans deux configurations différentes (qui correspondent à des points fixes des réseaux de neurones). (Wills, T,J., Lever, C., Cacucci, F., Burgess, N., O'Keefe, J.. Attractor Dynamics in the Hippocampal Representation of the Local Environment, Science, Vol 308, Issue 5723, pp 873-876. 2005. )

 

 

Compte tenu de la similitude que présente le système nerveux et le système immunitaire de pouvoir réécrire leur propre organisation quand les données externes varient, j’ai fait l’hypothèse que ce mécanisme d’auto organisation était le résultat de la stabilité de ce processus de réécriture de programmes. (stabilité = p-cycle de longueur 1 encore appelés points fixes). On satisfait ainsi la condition que l’auto organisation ne peut être le résultat d’une fonction.

 

J’appelle la machine qui utilise cet algorithme possédant ces propriétés, machine qui s’auto programme

Se référer à la présentation de F. Varela dans (les colloques de Cérisy sur l’auto organisation. Edition du seuil. p 141-145. 1983) où ces arguments sont repris en grande partie.

 

 

                                             Mise en oeuvre.

 

Pour des raisons techniques, l’organisation interne (ou programme à un moment donné t) de ces machines qui s’auto programment est un polynôme Pt , fonction dont l’ensemble de départ et d’arrivée sont définis sur les classes résiduelles modulo p (avec p premier pour éviter les diviseurs de zéro).

J’ai imaginé une récursivité permettant aux données externes au moment donné t, de modifier le polynôme Pt  : (Moulin, J-P., Adaptive properties of living being : Proposal for a generic mechanism. Self-programming-machines III, C.R.A.S.  Biologie. 329. 2006, p137-147).

 

Ces machines convergent presque exclusivement en des points fixes et  d’autant plus que leur nombre d’états est grand. Par exemple, une machine à 9 états a 97% de chance de se stabiliser en un point fixe, alors qu’une machine possédant 121 états a 99,995 chances sur cent de se stabiliser en un point fixe.

 

 

                                                Résultats.

 

Les machines qui s’auto programment qui sont décrites dans l’article dont les références figurent dans le paragraphe précédent, ont une capacité tout à fait nouvelle en comparaison des autres algorithmes informatiques: Ces machines récrivent leur structure interne à chaque fois que l’environnement change jusqu’à ce que une organisation soit adaptée à leur environnement réalisant ainsi un équilibre (point fixe ou p-cycle de longueur 1) sans qu’il y ait eu une volonté d’adéquation à cette environnement, la machine réécrit alors indéfiniment la même organisation interne.

 

Une fois cet équilibre atteint, si l’environnement change, le processus de réécriture de l’organisation interne change jusqu’à ce que une nouvelle organisation soit adaptée à ce nouvel environnement réalisant ainsi un nouvel équilibre.

 

 

                                        Conclusions actuelles.

 

 

La capacité des êtres vivants à fabriquer des mécanismes qui s’adaptent à peu près à n’importe quoi, constitue un des problèmes centraux de la biologie théorique. On n’a pas jusqu'à présent proposé de modèle ayant cette capacité.

 

Les caractéristiques de cette capacité amènent à élaborer le cahier de charge d’un algorithme permettant à une machine de réécrire des mécanismes ou des règles sous l’action de leur environnement. J’appelle ces machines "machines qui s’auto programment".

 

Ces machines sont capables de réécrire leur organisation interne chaque fois que les conditions externes varient. Le mécanisme de réécriture est une récurrence constante et déterministe définie sur un nombre fini d'états.

 

* L’étude des machines qui s’auto programment modifie le regard que nous pouvons avoir sur les êtres vivants : Si les conditions externes sont des modificateurs de l’organisation interne des êtres vivants, la fixité de leur organisation interne n’est qu’une apparence.

 

Nous avons tout le temps en fait devant les yeux ces types de mécanismes déformables, une métaphore à laquelle je me réfère souvent est celle d’un chemin de terre que des carrioles empruntent. Chaque fois qu’une carriole passe, elle a tendance à emprunter les sillons faits par le passage des carrioles précédentes et ses roues modifient à leur tour les sillons dans le chemin.

 

Toute notre culture est imprégnée du paradigme de la machine ou du mécanisme dont l’organisation est fixe (nos routes sont faites en dur et ne sont pas déformées par les passages des carrioles !), les mathématiques et l’informatique manipulent des relations ou des fonctions qui établissent des liens fixes entre des objets.

 

Nos esprits ne sont pas habitués à considérer des mécanismes déformés par leur emploi, ce qui est, à mon avis, la règle en biologie : Nous serions plutôt étonnés si notre calculatrice voyait ses opérations modifiées par les calculs précédents ou d’une boite de vitesse dont les rapports de démultiplication seraient modifiés par les commandes précédentes ?

Nos machines ont une organisation figée ; même nos machines qualifiées d’intelligentes sont en fait gouvernées par des instructions du type "si ceci alors faire cela" qui sont des fonctions déguisées et donc des relations fixes.

 

* L’étude des machines qui s’auto programment amène à faire l’hypothèse qu’ il n’y a pas de relations fixes en biologie. Une relation fixe (ou un mécanisme, une règle) en biologie correspond en fait à un point fixe d’un système qui réécrit ses relations quand les données qui sont liées par la relation variable varient ou autrement dit : Quand un système biologique est stable, l’environnement constitue l’ensemble des instructions qui font que l’organisation interne du système biologique se réécrit à l’identique.

On retrouve là le concept ¨organizational closure property¨ de Zeleny, Maturana et Varela.

 

 

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