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                                      Position du problème.

                              (références bibliographiques en bleu)

 

 

Les êtres vivants fabriquent des mécanismes ou des règles :

 

* Mécanismes si le support est dur (gènes), par exemple mécanismes

du système immunitaire qui fabriquent un anticorps en présence d’un antigène.

 

* Règles si le support est mou (signaux électriques), par exemple réflexes conditionnels : si apparition de l’éleveur alors salivation.

 

Ces mécanismes ou règles sont fabriqués sans qu'aucun concepteur n'apparaisse et ils semblent répondre de façon pertinente au milieu, une de leurs caractéristiques les plus impressionnante est l’adaptabilité qu’ils confèrent aux êtres vivants qui s’adaptent presque à n’importe quoi.

 

Cette capacité de fabriquer des mécanismes que possède le vivant, se retrouve à tous les niveaux, citons quelques exemples :

 

- Au niveau d’une même espèce. Adaptations d’une espèce à son biotope et pour un même biotope, il y a très souvent plusieurs adaptations.

 

- Entre les espèces ; exemple étonnant des guêpes sphecid et scoliid et de l’orchidée Ophrys qui fabrique la même molécule que la guêpe femelle, molécule qui attire la guêpe mâle ; l’orchidée simule aussi la forme de la guêpe. La guêpe mâle va alors copuler avec l’orchidée assurant ainsi sa pollinisation.

(Kullenberg, B..Study in Ophrys pollinisation. Zool. Bidrag. Uppsala 34 p 1-340. 1961.)

 

   - Au niveau des systèmes, on citera :

 

Le système nerveux, on parle alors d’apprentissage ou de comportement. La capacité étonnante du système nerveux à élaborer des réponses appropriées à des situations nouvelles sont bien mises en évidence par la section chez le singe des muscles antagonistes occulo moteurs ou des muscles extenseurs et fléchisseurs de la jambe et suture après croisement de ces muscles. La motilité oculaire et la motilité de la jambe sont de nouveau coordonnées après quelques semaines. (Marina, A.. Die relationen des palaeencephalons sind nich fix. Neurologisches Centralblatt 34 p338. 1915.)(Sperry,R.W., effects of crossing nerves to antagonistics limbs muscles in the monkey. Archives of Neurology and Psychiatrie. 58 p542. 1947.)

 

Chez l’homme, on inverse la vision avec des prismes de Dove ; laissant ce dispositif en place, le sujet a l’impression de voir de nouveau normalement après quelques semaines. (Gonshor, A., Melvill, J.G., Extreme vestibulo occular adaptation induced by optical revesal of vision. Journal of Physiology 256 p381-414.. London. 1958.)

 

Le système immun, capable d’élaborer des anticorps en présence d’antigènes nouveaux. Les lymphocytes B peuvent faire la distinction d'un seul aminoacide changé dans l’épitope d'un antigène et élaborer un nouvel anticorps vis-à-vis du nouvel épitope. (H. Eisen, Immunology, Harperand Row, New-York, 1980. )

 

Le système nerveux et le système immun sont différents : Le système immun comprend différents types de cellules et il n'existe pas d'équivalent de l'équation de Hodgkin Huxley modélisant le neurone pour les cellules du système immun.

Cependant ces systèmes ont en commun la propriété d'être capables de réécrire leur organisation chaque fois que les conditions externes varient :

 

Toutes les théories d'apprentissage synaptique se réfèrent aux lois générales qu’a introduit Donald Hebb en 1949 (D. O. Hebb, the Organization of Behavior, a Neuro-Psychological Theory, Wiley, New-York, 1949.) Il postula que les activations répétées d'un neurone ( W. S. McCulloch, W Pitts, A logical calculus of the ideas immanent in nervous activity, Bulletin of mathematical biophysics, volume 5, 1943, pp 115-133. ) par un autre, par l'intermédiaire d’une synapse particulière, accroissent le poids de cette synapse.

 

Les lymphocytes B fabriquent des immunoglobulines au cours de leur différenciation par recombinaison, épissure et délétion des segments de gènes V, D et J (K. Abbas, A.H. Lichtman, Basic Immunology, Functions and Disorders of the Immune System, Saunders imprint of Elsevier, 2004.)

 

Ces systèmes ayant “la propriété de se réécrire” modifient leur organisation interne, ce qui en fait des machines qui s'auto programment. (Se reporter au paragraphe "Cahier des charges" un peu plus loin)

 

La biologie moléculaire elle-même doit reconnaître qu'il y a une difficulté fondamentale puisqu'elle est obligée d'admettre que le fameux programme génétique est un programme qui se programme lui-même ou encore un programme qui a besoin du résultat de sa lecture et de son exécution pour être lu et exécuté (Dumouchel, P., Dupuy, J-P., Ouverture, in : Colloque de Cerisy, l'auto-organisation,  Seuil, Paris, 1983).

 

 

Cela dit, l’apprentissage n’est pas l’exclusivité du système nerveux et du système immun, même les protozoaires sont capables d’apprentissage (Gelber, B. Retention in paramecium aurelia. Journal of comparative Physiology. 51 p 10-115. Springer Velag Berlin. 1958) et les plantes capables de réactions s’apparentant à des réflexes pavloviens (Desbiez, M.O., Bourgeabde, P., Boyer, N., de Jaegher, G., Frachisse, J.M., Réponse à des signaux mécaniques : Communication intra et extracellulaire chez les végétaux. Acta Biotheoretica. 39 (3/4). P299-308.)

 

 

Une espèce, un être, un organe ou un organite voient donc leur fonctionnement fondé sur des mécanismes d’une complexité inouïe. Ces mécanismes sont d’une adaptabilité remarquable et dotent les êtres vivants d’une constance du milieu intérieur (homéostasie) alors que le milieu est fluctuant et imprévisible.

 

Cette capacité de fabrication de mécanismes qui s’adaptent à peu près à n’importe quoi est un (sinon le) problème central de la biologie, semblait préoccuper les anciens biologistes qui cherchaient des mécanismes globaux en biologie (Darwin, C., On the origin of species by means of natural selection, or the the preservation of favoured races in the struggle for life. London. 1859), (Loeb, J., Tropismen. Winterstein’s, Handbuch  der vergl. Physiologie, Iena. 1913.) et plus proche de nous, (Rabaud, E., L’instinct et le comportement animal, Paris. 1949.)

 

Il semble que de nos jours, l’émerveillement et le questionnement devant cette capacité se soit émoussée, la biologie actuelle semblant se tourner vers une description de plus en plus poussée de type analytique.

 

Interrogés à ce sujet, les biologistes contemporains ne semblent guère préoccupés par cette énigme et pour rendre compte de cette aptitude d’auto organisation du vivant, il invoquent la complexification par le bruit, sorte de Darwinisme à l’échelle moléculaire, mais ces explications restent verbales et n’ont jamais donné lieu, du moins à ma connaissance, à une modélisation qui validerait ce type d’hypothèse.

 

L’auto organisation adaptative du vivant a toutefois suscité un très grand nombre de travaux dont l’énumération prendrait sans doute plusieurs livres ; je me suis borné à donner une classification des types de travaux et à citer les représentants les plus prestigieux et/ou les plus représentatifs.

 

Cette énumération se trouve sur la page suivante.

 

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